Chatila, bidonville pour réfugiés

Article paru dans le journal Bonne Nouvelle et environs le 1 juillet 2015

Mon témoignage sur la situation catastrophique dans le camp de Chatila à Beirut (Liban), suite à mes rencontres annuelles ces quatre dernières années avec les habitants de Chatila.

Le Liban est engorgé par les réfugiés. A l’image de Chatila, dans la banlieue de Beyrouth, ouvert en 1948. Nicolas Rochat Fernandez, député vaudois au Grand Conseil, parle du désespoir quotidien

«Le camp de Chatila, c’est le degré zéro de l’humanité. » Nicolas Rochat Fernandez, jeune député vaudois au Grand Conseil, oscille entre révolte et désarroi. Pris d’affection pour le Liban, il s’y rend depuis dix ans, engagé à l’époque auprès d’ONG. Et depuis trois ans, il visite des familles du camp de Chatila, dans la banlieue de Beyrouth. « Depuis son ouverture en 1948 pour accueillir les réfugiés palestiniens rien n’a changé. » Sur 1 km2, ce sont plus de 20 000 personnes qui survivent.
« Dans ce bidonville où règne l’insécurité, le sol est jonché d’ordures. Les câbles électriques empêchent la lumière d’éclairer les ruelles. Dans les logements sans fenêtre, la température avoisine les quarante degrés. Quinze personnes se partagent 12 m2 pour 200 dollars. Les loyers ont quadruplé en deux ans. »
« L’argent versé par l’aide humanitaire aux réfugiés pour l’achat de denrées et les soins médicaux subventionne les logements », déplore le député.

Un échantillon du Moyen-Orient

Privés de travail de par leur statut, « les réfugiés se font engager au noir dans la capitale pour 2 dollars de l’heure. Les enfants ne sont pas épargnés. Et les femmes subissent des violences conjugales. » Quand Nicolas parle avec les habitants du camp, le sentiment est unanime : « Ils veulent rentrer dans leur pays, malgré les conflits qui y règnent. » Une situation insoutenable pour cet avocat en formation qui se confronte au quotidien dramatique de jeunes de son âge.
Jéricho, Nazareth, Jérusalem, les noms des rues portent les traces des premiers réfugiés de Chatila. « Il y a un conflit de légitimité entre les réfugiés palestiniens installés depuis plus de cinquante ans et des Syriens et Palestiniens de Syrie fraîchement débarqués. » Les quartiers sont fractionnés selon les opinions politiques : le Hamas, le Fatah, pro et anti-Bachar el-Assad et même des partisans de Daesch. « Aujourd’hui, la situation des réfugiés se pérennise. Les tensions s’accentuent et l’inquiétude se traduit par une aggressivité générale. »
« Que faites-vous pour nous ? » La question est récurrente dans le camp à l’arrivée de Nicolas Rochat Fernandez. « Relayer les témoignages, le quotidien et sensibiliser les parlementaires fédéraux. En Suisse comme en Europe, nous devons prendre connaissance de la situation pour mieux les aider. » Lucide, le député ne peut résoudre le conflit, mais il amène des éléments concrets au débat. « Si la Suisse apporte une aide substantielle et n’oublie pas sa tradition humanitaire, nous devons améliorer notre politique d’accueil », espère-t-il.

Un pays traumatisé

Aujourd’hui, le Liban a fermé ses frontières, « pour freiner le flot de réfugiés et l’arrivée du conflit syrien ». Pour Nicolas Rochat Fernandez, le Liban vit dans la hantise d’une nouvelle guerre civile. « Le pays est au cœur du conflit du Moyen-Orient et tente tant bien que mal de maintenir une unité nationale pour faire face aux pays limitrophes. » « Avec un territoire quatre fois plus petit que la Suisse et quatre millions d’habitants, le Liban accueille plus d’un million de réfugiés. Le pays est au bord de l’engorgement. »

// M.D.

 

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