Vingt cures vaudoises à vendre: le débat politique est lancé

Ma réaction dans l’édition du Temps du 20 août 2015 concernant la vente de vingt cures souhaitée par Pascal Broulis. Ce dernier – également Chef du Département des Finances – marche sur les traces de Charles Favre.

Il préfère manifestement « faire du fric » plutôt que de préserver le Patrimoine architectural dont les propriétaires sont – rappelons-le – les Vaudois-e-s !

L’intention de l’Etat de Vaud de se départir d’une partie de son patrimoine suscite des réactions politiques contrastées… et pas mal d’intérêt de la part de potentiels acquéreurs

«Il est choquant de vendre, je m’oppose sur le principe à ce projet», affirme Nicolas Rochat Fernandez, chef du groupe socialiste au Grand Conseil vaudois. L’élu du PS n’admet pas que l’Etat veuille se débarrasser d’une vingtaine de ses cures: «Ce n’est pas parce qu’elles ne sont plus occupées par des pasteurs que le canton doit se débarrasser de son patrimoine historique.»

Chef du groupe parlementaire libéral-radical, Jean-Marie Surer ne trouve en revanche rien de choquant dans l’intention de l’Etat et soutient cette «cure d’amaigrissement». Le canton ne doit conserver que les cures qui ont un intérêt patrimonial particulier ou sont réellement occupées par un pasteur, précise le député PLR.

Très contrastées, ces premières réactions politiques recueillies par Le Temps sont exprimées à titre personnel. Annoncé au début de l’été par le patron des finances Pascal Broulis (LT du 11.07.2015), le désengagement prévu a surpris la classe politique. Les groupes parlementaires aborderont le sujet la semaine prochaine, le PLR et les Verts en tout cas. Pour l’écologiste Vassilis Venizelos, «le moment choisi pour la vente est difficile à comprendre, l’Etat n’ayant plus de besoin financier pressant.»

Les chefs des groupes ont été interpellés par Patrimoine suisse, seule instance s’étant dressée contre le projet à ce jour. «Nous demandons un moratoire, explique Denis de Techtermann, président de la section vaudoise. Ces cures constituent un patrimoine unique en Europe, qui ne doit pas être démantelé. Ce sont les Vaudois qui en sont propriétaires, pas Pascal Broulis.» Pour Patrimoine suisse, c’est une «grave illusion» de croire qu’une cure passée au privé continuera à jouir de la même protection patrimoniale.

Les adversaires de la vente rappellent l’attention prêtée aux cures par les précédents chefs de département, l’UDC Marcel Blanc, le socialiste Daniel Schmutz et le Vert Philippe Biéler. Aujourd’hui président national de Patrimoine suisse, ce dernier s’était opposé en 1998 à son collègue Charles Favre, qui voulait déjà vendre.

Une première série de cures, sans intérêt patrimonial, avait été mise sur le marché quelques années plus tard. Celles qui sont envisagées pour la nouvelle opération ont en revanche de très bonnes notes à l’inventaire des monuments, comme à Dommartin, Faoug, Constantine, Donneloye ou Rances. Cette dernière a été récemment rénovée aux frais de l’Etat.

5 à 15 demandes par cure

L’annonce du début de l’été a suscité pas mal d’intérêt, tant de la part de particuliers que de communes. «Nous avons reçu entre cinq et quinze demandes par cure», explique Philippe Pont, chef du Service cantonal des immeubles et du patrimoine (SIPAL).

Mais l’expertise dont dépendra le prix de vente de ces immeubles ne fait que commencer. Le Département des finances élabore en parallèle le projet de décret soumettant au Grand Conseil la vente de ces vingt objets. Le débat parlementaire pourrait avoir lieu au début 2016 et les ventes commencer durant le premier semestre. L’Etat espère tirer de cette opération un produit de 12 à 18 millions de francs.

Le programme vaudois des Journées européennes du patrimoine, que Pascal Broulis dévoilera ce jeudi, ne comprend aucune visite de cure. Le débat politique à venir sur la responsabilité de l’Etat face à ce patrimoin1e n’en fera pas moins école.

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