La Catalogne indépendante ? Et après ?

Paru dans 24 heures du 15 novembre 2017

L’exil belge de M. Puigdemont est le dernier épisode d’un feuilleton pathétique et absurde qui a néanmoins des causes plus profondes que la question de l’indépendance de la Catalogne.

Il est vrai que certaines réponses brutales de Madrid n’ont fait que radicaliser les positions. Et aussitôt de convoquer un romantisme rebelle en faisant des analogies hasardeuses avec certains autres peuples persécutés dans leur histoire. Mais on aurait tort de ne pas immédiatement contester aux indépendantistes le monopole de la démocratie.

Convoquer un référendum d’indépendance est une chose sérieuse. Il faut des bureaux de votes, un recensement électoral officiel, un recomptage transparent, etc. Tout l’inverse de ce qui a été organisé le 1er octobre dernier.

Lorsque Madrid déclare le référendum illégal et interdit sa tenue, ce n’est pas sans raison, c’est bien parce qu’il viole le principe de la Constitution espagnole qui affirme «l’indissoluble unité de la nation espagnole». Constitution qui fut approuvée par 17 millions de citoyens sortant de 40 ans de franquisme.

La crise catalane met en exergue, bien plus que la question identitaire, l’expression du fossé entre les Espagnols et leurs institutions. Il traduit un rejet de certains partis traditionnels accablés par les scandales et les affaires de corruption – dont celui de Mariano Rajoy. En 2015 déjà, les élections nationales de décembre avaient donné lieu à un Parlement national morcelé, et rendu la formation d’un gouvernement impossible avant octobre 2016.

Deuxièmement, le «rêve» indépendantiste catalan masque une réalité sociale difficile que ses dirigeants préfèrent ignorer. Depuis 2011, les autorités catalanes dirigées par les indépendantistes adoptent des mesures d’austérité draconiennes. À Barcelone, le taux de pauvreté dépasse 29%. Ainsi le «rêve» indépendantiste catalan est également bien pratique pour faire diversion, et reléguer les préoccupations ou revendications des citoyens liées à la situation économique et sociale au second plan.

Les organisateurs du référendum catalan ont tenté d’imposer une légalité parallèle. La première étape est donc de revenir à la légalité. Car sans légalité, pas de démocratie. Partant, les élections du 21 décembre prochain seront déterminantes.

Ensuite, il faut traiter les causes de la crise. À cet égard, les socialistes espagnols ont réitéré leur proposition de réforme constitutionnelle vers plus de fédéralisme, afin de modifier un document d’un autre temps.

Cette crise a le mérite de soulever des questions pertinentes, mais le projet que proposent les indépendantistes catalans est une mauvaise réponse. En écho aux dysfonctionnements politiques et institutionnels, ils renvoient au repli nationaliste, alors que la Catalogne a toujours été une région à l’avant-garde et ouverte sur le monde.

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